Education

Méthodologie d’accompagnement des collectivités à l’élaboration, la mise en œuvre, l’animation et l’évaluation d’un projet éducatif de territoire (PEDT)

La Petite Agitée accompagne depuis sa création en mars 2025 des collectivités (communes ou communautés de communes) à l’élaboration et/ou à la mise en œuvre de leur Projet Éducatif de Territoire (PEDT). Avant la création de cette coopérative d’éducation populaire, nos fonctions au sein de l’administration « Jeunesse et Sports » nous ont amené à prendre en charge ce dispositif/outil qu’est le PEDT et à travailler conjointement avec des collectivités à sa conception, animation et évaluation.

Nous présentons dans cet articlela méthodologie sur laquelle repose nos accompagnements de collectivités dans le cadre de leur Projet Éducatif de Territoire mais également de tout projet collectif en lien avec l’éducation (PRE, contrat de ville, cité éducative, …). Cette méthodologie a vocation à être adaptée à la réalité de chaque collectivité.

Cet article s’inscrit dans la continuité d’un précédent publié sur notre site internet et sur notre page LinkedIn, dans lequel nous exposons notre vision du PEDT : un outil au service de l’émancipation des publics (parents, enfants et jeunes) et des professionnel.les qui y prennent part. Cette vision s’appuie sur une conception inspirée du philosophe Jacques Rancière de l’émancipation (Le maître ignorant, cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, 1987 ; Penser l’émancipation, dialogue avec Aliocha Wald Lasowski, 2022) : les personnes construisent elles-mêmes leur propre chemin d’émancipation et nul maître, pédagogue ou accompagnateur ne peut décider pour elles de quoi sera fait ce chemin et surtout où il mènera.

Nous sommes bien conscients que cette acception de l’émancipation peut venir contrarier les publics auxquels la coopérative s’adresse. En effet, nos convictions et actions éducatives sont collectivement modelées par nos trajectoires personnelles et professionnelles, notre éducation familiale et scolaire et nos expériences. Ces processus éducatifs vécus s’inscrivent dans une histoire de l’éducation et des façons de faire. Ils font notre culture éducative et peuplent nos imaginaires basés sur l’autorité, le respect de l’adulte sachant et l’obéissance à celui-ci, l’éducation paternaliste, l’expérience de l’âge comme matrice de l’adultisme…

Autrement dit, au travers de notre méthodologie, nous prenons le risque d’aboutir à un résultat que nous, à La Petite Agitée, n’aurions pas choisi. Et c’est très bien comme ça. L’émancipation est tout l’inverse de l’endoctrinement. Une éducation émancipatrice est donc une « prise de risque » pour tout.e éducateur.rice.

La Petite Agitée vous propose donc une méthodologie d’accompagnement qui tienne compte des réalités du collectif à accompagner (convictions éducatives, représentations du travail collectif, expériences déjà-là…) et qui repose sur des processus visant l’émancipation de tous et toutes (enfants, jeunes, professionnel·les, parents, élus, …) sans savoir à l’avance la manière dont ces processus seront investis par les publics.

Un mot sur la méthodologie de projet

Dans « projet éducatif de territoire », il y a « projet ». Qu’entendons-nous par là ?

Ce terme contient au moins 2 sens : le premier renvoie à ce que l’on imagine, ce que l’on a l’intention de faire ; le second renvoie à un processus de réalisation d’un projet constitué d’étapes prédéfinies. Dans ce deuxième sens, l’exercice consiste à déterminer l’objectif et le chemin pour l’atteindre avant de l’avoir vécu. Ce deuxième sens est celui auquel on pense naturellement, tellement sa méthodologie imprègne nos vies. On parlera ainsi de pédagogie par objectifs, de management par objectifs, de projets institutionnel, éducatif, d’orientation, de vie, d’intégration, de vacances ou encore d’enfant ! Dans tous ces cas on procède de la même manière : on pose un diagnostic (qui conclut généralement à un problème) qui nous permet de fixer un objectif. Pour atteindre cet objectif on déterminera les moyens (ce qui va nous coûter) et enfin on en fera l’évaluation (c’est-à-dire qu’on évaluera l’écart entre les moyens initialement prévus pour atteindre l’objectif et l’usage réel de ces moyens en fonction du degré d’atteinte de l’objectif). On notera donc que le projet dans ce deuxième sens porte les notions de rentabilité et de performance : les moyens investis sont-ils utilisés de la meilleure manière pour atteindre mon objectif ?

Depuis les années 90, les politiques publiques sont construites sur ce modèle de la méthodologie de projet, et le PEDT n’y échappe pas.Cet usage ancré et normé de la méthodologie de projet n’est pas sans conséquences : ne plus imaginer mais remplir des cases ; ne plus créer mais normer et rentabiliser ; effacer les bénéficiaires tant dans la conception que la réalisation au profit d’« agents » technocratisés…

Néanmoins, nous avons la prétention de dire qu’il est encore possible de penser et de vivre un projet dans son sens premier : imaginer ce que l’on veut faire (ensemble). La méthodologie d’accompagnement que nous vous présentons ici se départit donc des injonctions de la méthodologie de projet institutionnalisée (et capitaliste !). Elle vise simplement à faire une proposition d’organisation pour qu’un collectif de personnes ayant une intention commune puisse faire émerger des actions collectives. Charge à nous par la suite de rendre cette démarche lisible par les institutions si nécessaire.

Les principes qui guident notre action d’accompagnement :

Pour mener à bien cette démarche de conception et de mise en œuvre d’un PEDT, nous nous appuyons sur des principes qui guident notre intervention.

  • Prendre en compte la parole de toutes les parties y compris les enfants et les jeunes :

Il s’agit d’un gage de pertinence du projet mis en œuvre et de l’implication des membres de la communauté éducative.

Les enfants et les jeunes ainsi que les parents sont les bénéficiaires du PEDT, c’est pourquoi il nous paraît incontournable d’asseoir la conception de ce dernier sur leurs ressentis, leurs expériences et leurs besoins.

Les professionnel·les, ce sont eux et elles qui vont mettre en œuvre le PEDT au quotidien et qui sont en contact avec les bénéficiaires tous les jours : en ce sens, leur parole est également précieuse et leur participation doit être la plus large possible, ne se limitant pas aux chefferies de service, direction d’associations…

Enfin, parlons des élu·es : ils et elles décident et donc impulsent la politique éducative de leur territoire au nom de ceux et celles qu’ils et elles représentent. Il est donc indispensable de connaître et de communiquer leur vision de l’éducation. A ce titre, une demi-journée de travail dédiée à la révision du projet éducatif du territoire est-elle souhaitable.

  • Se rencontrer en gardant son identité (professionnelle)

Une communauté éducative se compose d’une multitude d’identités professionnelles, de statuts et donc de savoir-faire et d’expériences. Il nous semble important de valoriser ces spécificités autant que de les mettre en lien. Nous partons du principe que pour qu’une communauté éducative agisse de concert, ses membres doivent « se connaître et se reconnaître » dans leur spécificité et leur complémentarité (cf. « Olivier Prévôt, Campus des alliances éducatives », https://www.campusdesalliances.fr/projet-de-recherche).

Nous considérons qu’une identité professionnelle doit s’exprimer sans être diluée dans une institution d’appartenance mais davantage reliée à la personne, son parcours, ses expériences qui font la professionnelle qu’elle est.

Nous consacrons à la rencontre et l’interconnaissance des acteur.ices en présence un temps important de la démarche afin d’aboutir à la constitution d’un collectif de travail.

  • Rechercher les vrais besoins

Afin que le projet ait du sens, il faudra qu’il réponde aux besoins des bénéficiaires. Trop souvent ces besoins sont méconnus ou mal connus. En tant qu’adultes, avec nos expériences, nos savoirs professionnels et nos statuts nous avons une vue biaisée des réels besoins des plus jeunes. C’est normal, mais encore faut-il en avoir conscience pour ne pas bâtir un PEDT sur des besoins erronés.

Il faut du temps et de la confiance pour qu’un enfant ou un adolescent puisse exprimer son expérience réelle et les besoins qu’elle recouvre. Prendre ce temps, c’est le choix que nous faisons à La Petite Agitée.

  • Vers la transformation sociale

Répondre aux besoins réels des publics peut avoir comme conséquence de remonter à la source d’un problème global, d’un système qui engendre des difficultés, des dysfonctionnements. Nous proposons une démarche qui permet d’identifier ces dysfonctionnements systémiques et des pistes pour y répondre. En fonction des moyens que la collectivité veut et peut y consacrer, nous l’accompagnerons dans une démarche de transformation sociale qui cherche à dépasser la juxtaposition de dispositifs.

  • Utiliser les outils de l’éducation populaire

Ce processus de transformation sociale qui s’appuie sur des démarches collectives s’enracine dans l’éducation populaire. Les méthodes et outils que nous proposerons sont issus de cette dernière et proposent des processus qui partent des expériences individuelles et collectives pour aller vers l’action de transformation sociale.

Quelques exemples : des entretiens semi-directifs individuels et/ou collectifs (pour recueillir des expériences et des besoins), un jeu de plateau avec les enfants (pour se plonger dans leur quotidien), rédiger nos raisons d’être professionnelles (pour partager le fondement de nos métiers), le souvenir futur (pour se projeter dans un futur concret), le world café (pour construire des propositions partagées), la fleur de lotus (pour déployer, approfondir une idée de manière fine).

  • Construire la gouvernance du projet et penser son animation au long court

Pour qu’un projet puisse continuer à vivre une fois son élaboration construite collectivement, il est nécessaire que le collectif qu’il mobilise soit organisé et animé. Il s’agit de proposer une organisation du projet qui soit en accord avec les valeurs de ses membres et les finalités qu’il se donne. Cette condition est un préalable à l’implication de la communauté éducative sur le long terme, comme l’est l’impératif de l’animation. En effet, si une démarche d’élaboration de projet peut être très stimulante pour toute une communauté éducative, son animation au long court permet de maintenir actives les personnes impliquées en donnant du sens à une démarche collective. Au cours de l’accompagnement, nous transmettons donc nos outils d’animation de collectifs et pouvons également former les personnes dont les fonctions ou les initiatives conduiraient à participer à la l’animation du projet au long court.

Concrètement, comment procédons-nous ?

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