Codéveloppement professionnel
Le codéveloppement professionnel est une méthode d’intelligence collective venue du Québec. Il s’agit de réunir des professionnels qui croient pouvoir apprendre les uns des autres afin d’améliorer leur pratique. La méthode proposée favorise la réflexion individuelle et collective sur des situations concrètes vécues actuellement par les participants. Elle se déroule en 6 étapes structurant le processus :
- l’exposé du sujet
- la clarification
- le contrat
- la consultation
- la synthèse
- le bilan
Un groupe se compose idéalement de 4 à 8 participants de même niveau de préoccupation professionnelle. Ils peuvent être issus d’un même collectif ou se rassembler pour l’occasion.
L’intérêt d’un groupe de codéveloppement professionnel est de se donner une pérennité dans le temps afin que chacun des membres puisse expérimenter le rôle central qui expose son sujet et s’approprier la méthode au fil du temps.
Pourquoi du codéveloppement professionnel dans une coopérative d’éducation populaire ?
En effet, le codev (c’est son petit nom !), a été créé pour des managers afin de les aider à monter en compétences dans leur mission de gestion des ressources humaines. Il est vrai que dit comme ça, on ne voit pas bien le lien avec l’éduc pop’.
C’est à force de pratique en tant qu’animateur et animatrice de groupes de codev que nous nous sommes rendus compte de la portée d’un tel outil.
- le codev se pratique en groupe…
une séance de codev réunit 4 à 8 personnes pour 2h30 à 3h d’échanges. Quels sont les endroits aujourd’hui où des personnes se donnent 3 heures pour échanger, pour parler ? En cela, l’espace-temps du codev permet à un collectif de se constituer comme tel.
- … de pairs…
L’une des contraintes du codev est que le groupe ne soit constitué que de pairs, au sens où les membres du groupe ne doivent pas avoir de relations hiérarchiques entre elles. Comme d’autres outils d’éduc pop, cette contrainte préalable permet de donner une égale légitimité à la parole de chacun. Nous sommes bien conscients qu’il s’agit là d’un artifice qui ne gomme nullement les dominations à l’œuvre dans les réels espaces de la vie professionnelle. Mais cela a le mérite d’ouvrir un espace de quelques heures où la domination hiérarchique ne s’exerce pas, permettant d’expérimenter le temps de la séance des rapports égalitaires.
- … et d’experts
Avant de passer à une phase d’analyse par le groupe, la personne dont la situation est traitée passe par une phase de récit. Elle raconte son vécu, elle se raconte. Sans que sa parole ne soit coupée. Cette phase de récit la positionne en temps qu’experte de son histoire. C’est ici le postulat de l’éducation populaire que de reconnaître chacun comme sachant et expert de son vécu.
- c’est un espace de coopération et…
La méthode implique qu’une seule situation d’un seul participant soit traitée au cours de la séance. Les autres membres du groupe l’écoutent et construisent avec lui une solution, une démarche, une nouvelle vision de la situation. La dernière étape du processus s’emploie à faire émerger et à collecter les apprentissages qui ont eu lieu pour chacun au cours de la séance.
- … d’empuissancement
Le fait que ce groupe rassemble des pairs favorise la mise en perspective collective d’une situation qui était vécue et pensée individuellement. Le fait de conscientiser la nature collective d’une situation, voire d’une condition commune permet de la politiser pour en faire une lutte collective.
Nous avons déjà expérimenté cette méthode avec des parents (codéveloppement parental). L’enjeu de ces groupes est bien éloigné de la question du travail au sens capitaliste. Les témoignages des parents lors des bilans de séances (étape 6) font état de la rareté d’avoir du temps pour échanger de manière approfondie sur une situation parentale, du soutien entre les membres qui se déploie ensuite en dehors de la séance, d’une vitalité renouvelée dans la manière de vivre son rôle de parent.